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Les abolitions
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Les abolitions de l’esclavage10 MAI 2006 : MÉMOIRE
DE LA TRAITE NÉGRIÈRE, Le
30 janvier 2006, dans son allocution à l’occasion de la réception en
l’honneur du Comité pour la mémoire de l’esclavage, le Président de la
République a souhaité que la France métropolitaine honore le souvenir des
esclaves et commémore l’abolition de l’esclavage. Il a choisi pour cela le
10 mai,
date anniversaire de l’adoption
à l’unanimité par le Sénat de la loi de 2001 reconnaissant la traite et
l’esclavage comme un crime contre l’humanité.
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DECRET DU 27 AVRIL 1848 [Ministère de la Marine et des Colonies, Direction des
colonies]
La Déclaration des Droits |
Victor Schœlcher Né le 22 juillet 1804 à Paris fils du porcelainier Marc Schœlcher, cet homme a consacré sa vie à la défense de la liberté des noirs et à l'égalité entre tous les citoyens. Suite à un voyage d'affaire au Mexique en 1828, il découvre Cuba où l'esclavage lui apparaît comme une horreur. De retour en France, il publie des articles, des ouvrages, multiplie ses déplacements d'information et adhère à la Société pour l'abolition de l'esclavage. Sous secrétaire-d'Etat dans le gouvernement provisoire de 1848, il contribue à faire adopter le décret sur l'abolition de l'esclavage dans les colonies. Le décret signé par tous les membres du gouvernement parait au Moniteur le 5 mars. Député de la Guadeloupe et de la Martinique de 1848 à 1851, il siège à gauche. Le coup d'Etat de Louis Napoléon le pousse à l'exil en Angleterre jusqu'en 1870. Après l'abdication de Napoléon III, il est réélu député de la Martinique à l'Assemblée Nationale (1871) puis sénateur inamovible (1875). Enterré au Père Lachaise, ses cendres sont transférées en 1949, au Panthéon. |
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L'abolition de l'esclavage sera commémorée le 10 mai
Le chef de l'Etat
a retenu la date à laquelle l'Assemblée a qualifié l'esclavage de crime contre
l'humanité :
instauration, le 10 mai en France métropolitaine, d'une journée de
commémoration de l'abolition de l'esclavage.
"La grandeur d'un pays, c'est d'assumer toute son histoire. Avec ses pages
glorieuses, mais aussi avec sa part d'ombre. Notre histoire est celle d'une
grande nation. Regardons-la avec fierté. Regardons-la telle qu'elle a été", a
souligné le chef de l'Etat lors d'un discours solennel à l'Elysée.
"C'est pourquoi je souhaite que, dès cette année, la France métropolitaine
honore le souvenir des esclaves et commémore l'abolition de l'esclavage", a-t-il
dit en présence du Comité pour la mémoire de l'esclavage présidé par l'écrivain
guadeloupéen Maryse Condé.
"Ce sera, comme le propose votre rapport, au terme d'un travail très approfondi,
le 10 mai, date anniversaire de l'adoption
à l'unanimité par le Sénat, en deuxième et dernière lecture, de la loi
reconnaissant la traite et l'esclavage comme un crime contre l'humanité", a-t-il
précisé.
Dès cette année. "Aucune date ne saurait concilier tous les points de
vue. Mais ce qui compte, avant tout, c'est que cette journée existe. Elle ne se
substituera pas aux dates qui existent déjà dans chaque département
d'outre-mer", a-t-il poursuivi.
"Dès le 10 mai de cette année, des commémorations seront organisées dans les
lieux de mémoire de la traite et de l'esclavage en métropole, outre-mer et, je
le souhaite, sur le continent africain. Votre Comité devra y veiller", a ajouté
Jacques Chirac.
Mission pour un Centre sur l'esclavage. Le président Jacques Chirac a
confié à l'écrivain Edouard Glissant la présidence d'une mission de
préfiguration d'un Centre national consacré à la traite et à l'esclavage.
le chef de l'Etat a souligné que "la mémoire de l'esclavage doit s'incarner dans
un lieu ouvert à tous les chercheurs et au public".
"J'ai décidé de confier à Edouard Glissant, l'un de nos plus grands écrivains,
homme de mémoire et de l'universel, la présidence d'une mission de préfiguration
d'un Centre national consacré à la traite, à l'esclavage et à leurs abolitions",
a déclaré Jacques Chirac.
Il a précisé que le Comité pour la mémoire de l'esclavage serait "étroitement
associé à cette mission".
Ce Centre devra "témoigner symboliquement de la capacité de la nation à se
rassembler" au-delà des polémiques nées de la concurrence des mémoires, a-t-on
souligné dans l'entourage du chef de l'Etat.
Source: extrait de NOUVELOBS.COM |
30.01.06 |
Annexe
TEXTE 1
Au Port-Louis de l’Île-de-France, ce 25 avril 1769.
[...] p s. je ne sais pas si le café et le sucre sont
nécessaires au bonheur de l’Europe, mais je sais bien que ces deux végétaux ont
fait le malheur de deux parties du monde. On a dépeuplé l’Amérique afin d’avoir
une terre pour les planter ; on dépeuple l’Afrique afin d’avoir une nation pour
les cultiver [...]
Ces belles couleurs de rose et de feu dont s’habillent nos
dames ; le coton dont elles ouatent leurs jupes ; le sucre, le café, le chocolat
de leurs déjeuners, le rouge dont elles relèvent leur blancheur : la main des
malheureux noirs a préparé tout cela pour elles. Femmes sensibles, vous pleurez
aux tragédies, et ce qui sert à vos plaisirs est mouillé des pleurs et teint du
sang des hommes [...]
Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, Voyage à
l’Isle de France. Lettre 12
Ce document est extrait de la base de données
textuelles Frantext réalisée par l’Institut national de la langue française (INaLF)/CNRS,
Gallica bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France.
TEXTE 2
Mes
amis,
Quoique je ne sois pas de la même
couleur que vous, je vous ai toujours regardés comme mes frères. La nature vous
a formés pour avoir le même esprit, la même raison, les mêmes vertus que les
Blancs. Je ne parle ici que de ceux d’Europe ;
car pour les Blancs des
colonies, je ne vous fais pas l’injure de les comparer à vous ; je sais combien
de fois votre fidélité, votre probité, votre courage ont fait rougir vos
maîtres. Si on allait chercher un homme dans les îles de l’Amérique, ce ne
serait point parmi les gens de chaire blanche qu’on le trouverait.
Votre suffrage ne procure point de
places dans les colonies ; votre protection ne fait point obtenir de pensions ;
vous n’avez pas de quoi soudoyer les avocats : il n’est donc pas étonnant que
vos maîtres trouvent plus de gens qui se déshonorent en défendant leur cause,
que vous n’en avez trouvés qui se soient honorés en défendant la votre. Il y a
même des pays où ceux qui voudraient écrire en votre faveur n’en auraient point
la liberté. Tous ceux qui se sont enrichis dans les îles aux dépens de vos
travaux et de vos souffrances, ont, à leur retour, le droit de vous insulter
dans des libelles calomnieux ; mais il n’est point permis de leur répondre.
Telle est l’idée que vos maîtres ont de la bonté et de leurs droits ; telle est
la conscience qu’ils ont de leur humanité à votre égard. Mais cette injustice
n’a pas été pour moi qu’une raison de plus pour prendre, dans un pays libre, la
défense de la liberté des hommes. Je sais que vous ne connaîtrez jamais cet
ouvrage, et la douceur d’être béni par vous me sera toujours refusée. Mais
j’aurai satisfait mon cœur déchiré par le spectacle de vos maux, soulevé par
l’insolence absurde des sophismes de vos tyrans. Je n’emploierai point
l’éloquence, mais la raison ; je parlerai, non des intérêts du commerce, mais
des lois de la justice.
Vos tyrans me reprocheront de ne dire
que des choses communes, et de n’avoir que des idées chimériques : en effet,
rien n’est plus commun que les maximes de l’humanité et la justice ; rien n’est
plus chimérique que de proposer aux hommes d’y conformer leur conduite.
Condorcet, Épître dédicatoire
aux Nègres esclaves, mes amis
Texte publié en tête de la brochure
intitulée “Réflexions sur l’esclavage des Nègres”, par M. Schwartz, pasteur du
Saint Évangile à Bienne, membre de la société économique de Berne,
Neufchâtel, 1781 IV-XVIII-86 pages. Seconde édition en 1788.
TEXTE 3 Pour Alejo
Carpentier
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TEXTE 4
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TEXTE 5
Ah ! me
soutient l’espoir qu’un jour je coure devant
toi, Princesse, porteur de ta récade à l’assemblée des peuples.
C’est un cortège plus de grandeur que celui même de
l’Empereur Gongo-Moussa en marche vers l’Orient étincelant.
O désert sans ombre désert, terre austère terre de pureté,
de toutes mes petitesses
Lave-moi, de toutes mes contagions de civilisé.
Que me lave la face ta lumière qui n’est point subtile,
que ta violence sèche me baigne dans une tornade de sable
Et tel le blanc méhari de race, que mes lèvres de neuf
jours en neuf jours soient chastes de toute eau
terrestre, et silencieuses.
Je marcherai par la terre nord-orientale, par l’Égypte
des temples et des pyramides
Mais je vous laisse Pharaon qui m’a assis à sa droite
et mon arrière grand-père aux oreilles rouges.
Vos savants sauront prouver qu’ils étaient hyperboréens
ainsi que toutes mes grandeurs ensevelies.
Cette colonne solennelle, ce ne sont plus quatre mille
esclaves portant chacun cinq mithkals d’or
Ce sont sept mille nègres nouveaux, sept mille soldats
sept mille paysans humbles et fiers
Qui portent les richesses de ma race sur leurs épaules musicales.
Ses richesses authentiques. Non plus l’or ni l’ambre ni
l’ivoire, mais les produits d’authentiques paysans et
de travailleurs à vingt centimes l’heure
Mais toutes les ruines pendant la traite européenne des nègres
Mais toutes les larmes par les trois continents, toutes
les sueurs noires qui engraissèrent les champs de
canne et de coton
Mais tous les hymnes chantés, toutes les mélopées
déchirées par la trompette bouchée
Toutes les joies dansées oh ! toute l’exultation criée.
Ce sont sept mille nègres nouveaux, sept mille soldats
sept mille paysans humbles et fiers
Qui portent les richesses de ma race sur leurs épaules d’amphore
La Force la Noblesse la Candeur
Et comme d’une femme, l’abandonnement ravie à la
grande force cosmique, à l’Amour qui meut les mondes chantants.
Léopold Sédar
Senghor, Chants d’ombre, Que m’accompagnent Kôras et Balafong, VIII, in
Œuvre poétique, Éditions du Seuil, Paris, 1945, réédition 2006.
TEXTE 6
[...] Le
27 avril 1848, un peuple qui depuis des siècles piétinait sur les degrés de
l’ombre, un peuple que depuis des siècles le fouet maintenait dans les fosses de
l’histoire, un peuple torturé depuis des siècles, un peuple humilié depuis des
siècles, un peuple à qui on avait volé son pays, ses dieux, sa culture, un
peuple à qui ses bourreaux tentaient de ravir jusqu’au nom d’homme, ce
peuple-là, le 27 avril 1848, par la grâce de Victor Schoelcher et la volonté du
peuple français, rompait ses chaînes et au prometteur soleil d’un printemps
inouï, faisait irruption sur la grande scène du monde.
Et voici la merveille,
ce qu’on leur offrait à ces hommes montés de l’abîme ce n’était pas une liberté
diminuée ; ce n’était pas un droit parcellaire ; on ne leur offrait pas de stage
; on ne les mettait pas en observation, on leur disait : “Mes amis il y a depuis
trop longtemps une place vide aux assises de l’humanité. C’est la vôtre.”
Et du premier coup, on
nous offrait toute la liberté, tous les droits, tous les devoirs, toute la
lumière. Eh bien la voilà, l’œuvre de Victor Schoelcher. L’œuvre de Schoelcher,
ce sont des milliers d’hommes noirs se précipitant aux écoles, se précipitant
aux urnes, se précipitant aux champs de bataille, ce sont des milliers d’hommes
noirs accourant partout où la bataille est de l’homme ou de la pensée et
montrant, afin que nul n’en ignore, que ni l’intelligence ni le courage ni
l’honneur ne sont le monopole d’une race élue. [...]
Aimé Césaire,
extrait du discours prononcé le 21 juillet 1945 à l’occasion de la fête
traditionnelle dite de Victor Schœlcher, publié dans Victor Schœlcher et
l’abolition de l’esclavage, éditions Le capicin, Lectoure, mars 2004, p. 58.
TEXTE 7
La
tristesse du diable
Silencieux, les poings aux dents, le dos
ployé,
enveloppé du noir manteau de ses deux ailes,
sur un pic hérissé de neiges éternelles,
une nuit, s’arrêta l’antique foudroyé.
La terre prolongeait en bas, immense et sombre,
les continents battus par la houle des mers ;
au-dessus flamboyait le ciel plein d’univers ;
mais lui ne regardait que l’abîme de l’ombre.
Il était là, dardant ses yeux ensanglantés
dans ce gouffre où la vie amasse ses tempêtes,
où le fourmillement des hommes et des bêtes
pullule sous le vol des siècles irrités.
Il entendait monter les hosannas serviles,
le cri des égorgeurs, les te deum des rois,
l’appel désespéré des nations en croix
et des justes râlant sur le fumier des villes.
Ce lugubre concert du mal universel,
aussi vieux que le monde et que la race humaine,
plus fort, plus acharné, plus ardent que sa haine,
tourbillonnait autour du sinistre immortel.
Il remonta d’un bond vers les temps insondables
où sa gloire allumait le céleste matin,
et, devant la stupide horreur de son destin,
un grand frisson courut dans ses reins formidables.
Et se tordant les bras, et crispant ses orteils,
lui, le premier rêveur, la plus vieille victime,
il cria par delà l’immensité sublime
où déferle en brûlant l’écume des soleils :
- les monotones jours, comme une horrible pluie,
s’amassent, sans l’emplir, dans mon éternité ;
force, orgueil, désespoir, tout n’est que vanité ;
et la fureur me pèse, et le combat m’ennuie.
Presque autant que l’amour la haine m’a menti :
j’ai bu toute la mer des larmes infécondes.
Tombez, écrasez-moi, foudres, monceaux des mondes !
Dans le sommeil sacré que je sois englouti !
Et les lâches heureux, et les races damnées,
par l’espace éclatant qui n’a ni fond ni bord,
entendront une voix disant : Satan est mort !
Et ce sera ta fin, œuvre des six journées !
Leconte de Lisle, Poèmes barbares,
1872
Ce document est extrait de la base de
données textuelles Frantext réalisée par l’Institut national de la langue
française (INaLF)/CNRS, Gallica bibliothèque numérique de la Bibliothèque
nationale de France.